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lemondedappossai Description du blog :
L'imaginaire est le maître-mot de mon Blog. Venez et laissez-vous guider dans le Monde d'Appossaï. Catégorie : Blog Livre Date de création :
09.04.2007 Dernière mise à jour :
26.08.2008
_ Appossaï !!!
Pas possible ! Elles ont mangé du lion au petit déjeuner. Dix minutes qu'elles me coursent sans relâche dans les couloirs. J'ais beau faire preuve d'astuces et de diverses techniques, elles me retrouvent quand même. Remarque, difficile de passer inaperçu avec cet immense fardeau que je trimbale sur le dos. La récolte a été extrêmement bonne aujourd'hui. Mon sac s'est rempli à une vitesse phénoménale, mais certaines ne voient pas cela d'un bon œil. Elles sont au moins une dizaine à me poursuivre. De temps à autre je sens une arme blanche se planter dans mon sac. Aucun respect pour mon trésor.
Une porte s'ouvre au loin, une femme se présente dans le couloir un katana à la main.
_ Galère de galère, c'est cette diablesse de Mayata.
Impossible de faire demi tour à moins d'abandonner mon trésor chéri. Pas question, je fonce. La chance est avec moi… un corridor sur la droite. J'y plonge, j'y vole et hop, un petit signe de la main à Mayata avant de disparaître. Ce corridor mène aux gradins de l'arène. Cool, beaucoup plus d'espace pour opérer. Vous avez perdu cette bataille mes jolies.
Tiens, une silhouette sortant d'une pièce. Le contre-jour m'empêche de voir de qui il s'agit. Pas de problème, on improvise. J'accélère, un vrai bolide. L'Amazone, qui qu'elle soit, me fait face et adopte une position jambe écartée et mains sur les hanches. Nickel, elle me facilite les choses. Je me rapproche dangereusement d'elle. Elle pense pouvoir m'arrêter.
_ Qu'il est haut de choir d'un rêve de grandeur, dis-je à voix basse en effectuant une glissade à la dernière seconde.
Ma vitesse est telle que je passe entre ses jambes avant quelle ne s'en rende compte. Mes yeux de lynx en profitent pour jeter un coup d'œil sous cette jupe.
_ Olé !
Mes doigts frappent de justesse le pan arrière de sa jupe qui se soulève honteusement pour mon plus grand plaisir. Une culotte rose… magnifique.
Ma vitesse chute d'un coup à zéro. Mon sac trop imposant n'est pas passé. Mince… je me relève, y'a pas de bin's. Un coup de force centrifuge sur cette charmante donzelle et je repars. Le hic, eh oui il y en a un bien que je n'y ais rien compris, c'est que je me suis pris un coup de tatane aller et retour en pleine poire. Le regard encore flou, une main m'agrippe les cheveux et me propulse d'une force inouïe contre le mur que je me mange grave. La tête incrustée dans le mur, je ne faisais pas le fier. Qui est donc cette femme à la force Herculéenne. Les Amazones s'agglutissent autour de moi et de leur bienfaitrice. Elles rient, gesticulent gloussent, claquent des mains… elles n'en revienne pas non plus de voir que l'une d'entre elles est parvenu à neutraliser le grand Appossaï.
_ Waouh ! Comment tu as fait Amaïs ?
_ C’est vrai ! Tes mouvements étaient si rapides qu'on a à peine vu ce qui s'est passé.
Amaïs, ma masseuse ! Pas possible !!! J'hôte la tête de ce trou inhospitalier et fixe attentivement la personne concernée. Il s'agit bien d'elle, ma petite Amaïs. Comment cela était-il possible ? Prenant aussitôt conscience de la présence des autres femmes, je remarque la froideur et le dédain qui anime leur regard.
_ Mesdemoiselles, ne laissez pas la haine entacher la pureté de votre beauté, dis-je en levant les mains au fur et à mesure qu'elles approchaient.
Les coups pleuvaient sur mon corps endoloris… et elles ne se retenaient pas les tigresses.
Je n'aurais jamais pensé qu'une femme puisse renfermer autant de sauvagerie en elle. Les Amazones m'ont lynché pendant près de cinq minutes interminables… tout ça à cause d'Amaïs. Comment s'y était-elle prise pour me neutraliser aussi facilement ? Voilà qui me déconcertait totalement. Moi qui pensait avoir enfin récupérer toutes mes forces.
_ Je ne vais tout de même pas passer toute ma vie ici, dis-je à haute voix sans m'en rendre compte.
_ Ca ne me dérangerait pas, moi si tu restais avec nous.
Confortablement adossé contre un rocher avec une brindille de nichée dans la bouche, une personne approcha pour s'arrêter à un bon mètre de moi. Le soleil dans le dos, j'eus un peu de mal à la reconnaître. Ca non plus… c'était pas normal. Si mon don de détection de présence et mon sixième sens me lâchaient pour de bon, autant ne plus revenir au pays.
_ Ah c'est toi Mallory. Comment va ma princesse ?
Elle s'accroupit, pencha la tête légèrement sur la droite et me fixa un court instant. Tous ces pansements sur mon visae devaient certainement la surprendre.
_ Te soucis pas de ça. J'ais trébuché dans un escalier ce matin et me suis éclaté la tête contre un mur, mais tu me connais… j'ais la peau dure.
_ Pourquoi tu pleures ? Me demanda-t-elle en portant son index à ma joue gauche pour y suivre le tracé de ma larme.
La joie qui illuminait son visage à son arrivée disparut assez rapidement. Comment pourrais-je expliquer à une adolescente âgée de 12 ans qu'il m'était impossible de m'imaginer un jour sans voler le moindre sous-vêtement féminin. Le pire dans tout ça, c'était de constater que cela me pendait vraiment au nez si je ne parvenais pas à remédier à la situation. A tous les coups, Oolong avait dû m'ensorceler.
_ Je suis trop sensible au sable du désert. Me prendrais-tu pour cette pisseuse de Shaunana, répondis-je en essuyant mes larmes du revers de la main.
Elle ne put s'empêcher de sourire. Ce simple sourire me réchauffa le cœur d'une manière inattendu.
_ Allez assieds-toi, tu me fais de l'ombre petite… pense un peu à mon bronzage.
_ Je tenais à te remercier, dit-elle en s'asseyant à mes côtés.
_ Je t'ais déjà dit que tu n'avais pas à le faire. J'aurais compris si j'avais fait quelque chose, mais ça n'a pas été le cas.
_ C'est grâce à toi qu'elles sont parties.
_ Moi ? Elles avaient déjà disparu quand je suis arrivé.
_ Le bruit que tu as fait dans les buissons leur a fait croire que quelqu'un approchait.
_ Tu es en train de confondre avec cette famille d'écureuils qui faisait ses emplettes, ma petite.
Pour la première fois je la vis rire de bon cœur.
_ Tu sais Mallory, j'aurais pu t'éviter cette humiliation, mais je pense qu'au fond de moi je ne l'ais pas fait tout simplement parce que je voulais te voir donner une raclée à ces pimbêches ou au moins essayer. Je ne savais pas qu'il s'agissait de la fille de la reine. Je comprends mieux maintenant pourquoi tu as accepté de prendre sur toi, mais j'espère ne plus jamais te voir t'abaisser de la sorte. Ok ma belle, dis-je en faisant semblant de lui donner un coup de poing.
_ J'essaierais de faire de mon mieux Maître Appossaï.
_ Pour toi c'est Appo tout cours, dis-je en lui faisant un clin d'œil.
_ Mais toi, tu n'as pas eu peur d'elle en apprenant qu'il s'agissait de la princesse ?
_ Peur ? Il faudrait qu'un jour je me penche sérieusement sur la signification de ce mot. Je n'ais eu qu'une envie quand je l'ais su…
_ C'était de lui donner une bonne fessée.
Je l'observais droit dans les yeux durant six secondes avant de lui sourire.
_ Ce n'est pas bon ça, tu commences à lire dans mes pensées miss. Au fait, tu n'es pas sensé avoir cours aujourd'hui ?
_ Pas cet après midi, nous avons toutes quartier libre. C'est bien pour ça que tu t'es assis ici, non ?
_ Ici ? Ben, je vois pas pourquoi tu…
Mes yeux manquèrent de sortir de leur orbite. Elles étaient là, une vingtaine d'Amazones en train de s'amuser et de se baigner, dans le lac, nues !!! Comment ais-je pu passer devant cette vision terrestre du paradis ?
_ Euh Mallory…
_ Je sais Appo, le devoir t'appelle.
_ On se voit plus tard ?
_ Si tu es encore en vie, pourquoi pas, dit-elle en se levant tout en riant.
_ Merci de m'avoir ouvert les yeux trésor, dis-je en l'embrassant sur le front.
Me levant d'un coup, je lui fais un au revoir de la main, fonce à travers les buissons et déboule la légère pente en exécutant un saut d'une trentaine de mètres.
_ Eh les filles !!! Vous avez déjà vu une bombe façon Appossaï ?!
En plein vol, je me débarrasse de mon t-shirt, de mon pantalon et de mon caleçon… pas de jaloux comme ça, tout le monde est nu…
Des cris de femmes fusent de partout… et j'atterris tel un obus au milieu de mes petites chéries. Que c'est bon de se sentir revivre.
Les jours passaient ce qui n'envisageait vraiment rien de bon. Mon cas semblait loin d'être réglé, pourtant la solution se tenait là… à une centaine de mètres de moi. Accroupis sur une solide branche d'arbre, à plus de trois mètres du sol, j'observais les faits et gestes de la belle et terrifiante Amaïs. Elle s'entraînait seul au maniement d'armes blanches.
_ Ses mouvements sont maladroits et manquent de rigueur, pensais-je en caressant ma barbe naissante. Comment fait-elle ?
_ Pfff ! Toujours en train de reluquer les femmes, vieux pervers.
Adossée bras croisés contre mon arbres, la princesse Shauna me toisa un instant avant de s'éloigner. Une personne de plus dont je ne percevais plus la présence.
_ Votre éducation est totalement à refaire votre bassesse Shaunana, dis-je en atterrissant en face d'elle. De plus, comment oses-tu m'appeler vieux alors que j'ais seulement onze ans de plus que toi ?
_ Onze ans ? Pardonne donc mon erreur l'ancêtre. Et mon prénom est Shauna… princesse Shauna au cas où tu l'aurais oublié.
_ C'est bien ce qui me semble avoir été dit, votre bassesse Shaunana.
Ses doigts se refermèrent lentement en deux poings et ses yeux se rétrécirent.
_ On se contrôle ma puce, dis-je en voulant lui tapoter la taille.
_ Ne me touche pas ! Fit-elle en repoussant ma main tout en me contournant. La prochaine fois que tu essaies, je te tranche la main.
_ Oh que c'est bizarre.
_ Quoi donc ? répondit-elle en me faisant face.
_ Tes paroles sont toujours aussi hargneuses, pour ne rien changer, mais aujourd'hui je ne vois aucune trace de haine dans ton regard. Succomberais-tu enfin à mon charme Shaunana ?
_ Imbécile. Te rayer de la surface de cette planète ne suffirait pas, on devrait annihiler le pays qui t'a engendré afin qu'une telle erreur ne se reproduise pas une seconde fois.
_ Ok. C'est de la politesse que tu veux, alors va pour princesse, murmurais-je en la voyant partir.
_ Quoi ?
_ On ne dit pas quoi mais comment. Faut vraiment que je me répète ?
_ Quelle genre d'entourloupe mijotes-tu ?
_ Moi ? Mais absolument rien. Pour qui me prends-tu ?!
_ Pas pour un saint homme en tout cas. Que veux-tu ?
Une petite brise se leva, faisant ainsi virevolter ses cheveux courts. Où avait-elle pris ses yeux d'un vert émeraude ?
_ En fait, j'ais juste besoin d'un renseignement.
_ Crève la bouche ouverte ! Cracha Shauna en me tournant le dos pour s'éloigner.
_ Moi qui pensait que tu te ferais une joie de me voir quitter définitivement ton royaume. Mais bon, je comprends le fait que tu refuses de m'aider. Pour quelle raison la princesse Shaunana s'abaisserait à aider ce vieux pervers d'Appossaï.
M'adossant à mon arbre, je m'accroupis et repris mon analyse là où je l'avais laissé. Amaïs s'entraînait toujours.
_ Euh… Appossaï…
_ Mmh… comment tu ne t'es pas encore volatilisé ? Ne reste pas là jeune impudente… tes sœurs pourraient croire que je te courtise. Manquerait plus que ma popularité en prenne un coup par ta faute.
_ Mais quel bouffon, murmura-t-elle.
_ Je t'ais entendu petite effrontée.
_ Tu quitterais réellement le pays si je te donnais ce renseignement, demanda-t-elle après un court silence.
_ Si ce renseignement est capable de me sauver la vie… oui.
_ Tiens donc. Quelque chose serait capable de te tuer… cela m'aurait échapper, alors. Quel genre de renseignements veux-tu connaître ?
_ Tout sur ce qui la concerne, répondis-je en pointant du doigt Amaïs.
_ Crétin ! J'aurais dû le prévoir. Si ton but est de l'attirer dans ta couche, alors démerde-toi seul. Non mais je vous jure !
Shauna s'éloigna de cinq pas avant de s'arrêter pour finalement me regarder droit dans les yeux.
_ Répète moi ça.
_ Je dois découvrir ce qui la rend si spéciale de vous autres.
_ Spéciale ? Que veux-tu dire par là ?
_ Quel est son niveau de combat ?
Le regard de la princesse se porta un instant sur Amaïs avant de revenir sur moi.
_ Amaïs est une servante. Elle n'est pas autorisée à subir l'entraînement des gardes ou des guerrières. Elle connaît juste les bases, c'est l'une des raisons qui la pousse certainement à s'entraîner pour s'améliorer.
_ Ca je m'en étais rendu compte, dis-je en me relevant. Je vois bien à sa façon de tenir son katana qu'elle n'a pas de technique précise. Elle rabache simplement ce que vous lui avez déjà appris. Mais cela n'explique pas pourquoi elle est plus forte que vous toutes réunis.
Il y eut un grand moment de silence, puis un rire moqueur déchira l'atmosphère.
_ Tu… tu as choppé une insolation Appossaï ! Tu es en train de parler d'Amaïs.
Mon regard de tueur lui coupa toute envie de rire d'avantage.
_ Soyons sérieux. Elle ne tiendrait pas dix secondes contre moi.
_ J'en suis conscient, mais contre moi si. Il m'est vital d'en trouver la raison avant de repartir pour le Japon.
_ Ce que tu avances là n'a pas de sens. Elle serait moins forte que nous, mais rivaliserait avec toi ?
_ C'est exactement ça. De plus, je suis dans l'incapacité de faire du mal à une femme…
_ Ah bon !!! C'est nouveau ça. J'en connais une qui s'est prise une claque phénoménale et c'est une chance que son cerveau ne lui soit pas ressorti par les oreilles.
_ Là c'était exceptionnel… et avoue que tu le méritais.
_ Pffff…
_ Amaïs arrive à me placer des coups que je devrais normalement percevoir et être capable d'éviter avec facilité, mais ce n'est malheureusement pas le cas.
_ Je demande à voir.
_ Quoi ?
_ On dit comment Monsieur le pervers. Défie la maintenant que je vois ça de mes propres yeux. Prétendre qu'elle est meilleure que nous… n'importe quoi.
Pour mon plus grand bonheur, les Amazones affectionnaient le port de la jupe ou du pagne lors des entraînements. Amaïs avait pris soin de choisir comme lieu une clairière légèrement en pente où le vent prenait plaisir à souffler. Comme à son habitude, sa coiffure se résumait à une longue natte d'un noir profond lui arrivant au creux des reins. Seul deux longues mèches cascadaient le long de son cou et de sa poitrine généreuse. Sa peau couleur chocolat d'un grain parfait était un régal pour les yeux tout comme son corps parfaitement bien dessiné.
_ Bras tendu, coude verrouillé et poignet ferme, dis-je d'une voix grave.
Ne s'attendant pas à entendre une voix masculine juste derrière elle, Amaïs fit volte face et stoppa sa lame à quelques millimètres de mon cou.
_ Tu fais toujours sauter la tête de tes ex-patients ? Dis-je en repoussant l'arme.
Là, c'était vraiment devenu critique. Elle ne s'aperçut peut-être de rien, mais mon cœur battait fortement la chamade. Ce n'est qu'à la dernière seconde que j'ais perçu le déplacement de son coups, mais il était déjà trop tard. Si Amaïs n'avait pas retenu son attaque, je ne serais plus de ce monde à l'heure qu'il est. Pour la première fois depuis des lustres, je ressentais au plus profond de moi ce qu'était réellement la peur. Cette femme qui s'avérait pourtant être l'une des plus faibles guerrière que j'ais pu affronter dans ma vie, avait la capacité de me tuer.
_ Appossaï !!!
Ca y est, une fois de plus j'allais ramasser et contre elle, je n'avais vraiment aucune chance. Mais au lieu de ça, la charmante Amaïs me sauta au cou. Son visage collé au mien, joue contre joue, elle riait de bon cœur. Elle a dû péter un plomb. Je lui soulève la jupe et lui touche le sein gauche et voilà comment elle réagit à mon approche quelques jours plus tard. La psychologie des femmes… faut pas chercher à comprendre.
_ Merci, merci Appossaï, poursuit-elle en m'embrassant sur la joue pour mettre ensuite un petit écart entre nous… gêné de s'être laissé emporté.
_ Je t'en pris Amaïs. Des remerciements de ce genre, je ne dis pas non. Mais à quel évènement dois-je un tel enthousiasme ? Demandais-je assez surpris.
_ La reine m'a fait convoquer ce matin. J'avoue avoir eu extrêmement peur sur le coup.
Elle pensait certainement au fait de m'avoir mis en garde d'un danger imminent alors qu'il lui était interdit d'interférer dans les affrontements de l'arène.
_ Dès la semaine prochaine, je suis autorisé à participer à l'entraînement réservé aux guerrières.
_ Ohhh… et je présume que cela te tenait vraiment à cœur.
_ Je n'aurais jamais pensé cela possible, dit-elle les larmes aux yeux. Et c'est à vous que je le dois Appossaï.
_ A moi ? Tu sembles oublié que nous te devons tous la vie. La reine a simplement jugée bon et logique de t'en remercier.
_ Vous faites un piètre menteur, fit-elle en s'approchant d'un pas.
Ses mèches volaient au gré du vent.
_ La reine m'a révélé que cette requête venait de vous et de personne d'autre… je vous en serez éternellement reconnaissante Appossaï, poursuivit-elle en enserrant mes mains dans les siennes.
Le doux contact de ses mains me surpris. Je ne m'y attendais vraiment pas. Mes yeux sombres et ténébreux se perdirent dans les siens. Une perle d'eau roulait lentement sur sa joue gauche. Sa sensibilité me toucha réellement.
_ Je n'ais jamais connu mes parents. Orpheline, les Amazones m'ont recueilli dès mon plus jeune âge. Personne, n'a jamais rien fait pour moi, à part vous Appossaï… alors que vous ne savez rien de moi.
_ Que veux-tu, je suis incapable de résister aux belles femmes. C'est plus fort que moi, dis-je en rejetant en arrière une mèche de cheveux invisible.
_ C'est ce que j'ais cru comprendre, sourit-elle.
Ramassant son katana qu'elle avait laissé se planter dans la terre, elle recommença à faire quelques mouvements d'exercice avant de s'arrêter pour me poser une question.
_ Vous avez des disciples Appossaï ?
_ Un seul, répondis-je en me plaçant en face d'elle. Little boy.
_ Comment ?
_ Mon unique disciple n'est autre que mon petit frère.
Nos regards se croisèrent et se fixèrent durant quelques secondes avant qu'elle ne porte le sien à ses pieds.
_ Il en a de la chance, murmura-t-elle si faiblement que j'eus du mal à l'entendre.
_ De la chance ? Je ne sais pas… j'ais été extrêmement dur avec lui, mais j'avoue que cela a porter ces fruits.
Ma main droite s'empara de celle d'Amaïs avec délicatesse. Je la sentis prête à se rétracter mais elle ne le fit pas. Une douce pression entre son pouce et son index l'obligèrent à lâcher son katana que je récupérais en plein vol de la main gauche.
_ L'arme n'est qu'un artifice Amaïs, l'homme en est le maître et non le contraire.
Sous l'influence d'une douce brise, l'une de ces mèches me frôla le visage. Un contact à la fois bref, discret et irréel.
_ Quel niveau te donnes-tu sans l'’utilisation de cette arme ? Lui demandais-je en lui relâchant la main.
_ Euh… un niveau basique. On ne peut pas vraiment dire que j'ais acquis beaucoup d'expériences dans l'art de combattre.
_ Pourtant avec cette arme ton niveau s'en trouve accrue.
_ Moui… on peut dire ça, mais je ne vois pas où vous voulez en venir.
_ Dans ton cas Amaïs, si tu viens à perdre ton arme au combat… ton adversaire aura aussitôt le dessus sur toi. C'est pourquoi j'insiste en disant que l'homme est maître de son arme et non le contraire. Il te faut apprendre à être plus forte que ton arme, ce qui te donnera un sacré avantage sur ton adversaire qui pensera déjà avoir remporter la victoire.
_ Je… je vois. Je suppose que vous imposez des critères à toutes personnes désirant devenir votre disciple.
_ Deux. Que cette personne est un bon fond et qu'elle soit capable de me battre en combat singulier.
_ Qu'un novice puisse vous battre ? Comment cela serait-il possible ?
_ La logique elle-même s'est se montrer parfois mystérieuse… Little boy en est la preuve.
Je voyais bien à l'expression de son visage que ma belle Amazone se posait de multiples questions. Lui rendant son arme, je lui fis un signe de la main et m'éloignais d'elle.
_ Appossaï !
_ Mmh…
Amaïs me fixait d'un regard ferme et décidé.
_ Ais-je un bon fond à vos yeux ?
Elle en veut la petite… j'aime ça.
_ Moui, je dirais même que c'est indéniable.
_ Dans ce cas là, je vous défie en combat singulier…
_ Si tu penses que ce sera une partie de plaisir, tu ferais mieux de retourner à ton entraînement.
_ Je n'ais jamais été aussi sérieuse de toute ma vie.
Sans attendre une seconde de plus, elle adopta une position de combat en éjectant dans l'herbe tendre son katana. Ma petite Amaïs montait de plus en plus dans mon estime.
_ J'ais réussi à vous neutraliser la dernière fois… je n'ais qu'à répéter l'exploit aujourd'hui.
_ L'espoir fait vivre ma jolie. Sache cependant qu'il n'y a pas de mur cette fois-ci. Je n'ais qu'une hâte, c'est de découvrir ce que va donner ce duel, dis-je en adoptant une position de combat.
Impatiente, elle court dans ma direction. Elle arme son poing et frappe une fois à bonne distance. Je pivote sur le côté et évite avec facilité son coup ainsi qu'un levé de jambe. Placé derrière elle, Amaïs se sent en grave danger. Faisant aussitôt volte face, elle pense remédier à cela en m'attaquant sans attendre. Ca c'est ce qu'elle pensait. Elle n'a même pas le temps d'exécuter son mouvement complètement que je lui place un coup directement au ventre avec la paume de la main droite. Son visage se déforme à cause de la douleur.
Je n'ais pas eu besoin de la toucher, mon coup s'arrêtant à quelques centimètres d'elle. Mais la rapidité de l'attaque fut telle que la force centrifuge la fit décoller et l'envoya valdinguer dans les airs sur environ sept mètres. Amaïs atterrit lourdement sur l'herbe. Pliée en quatre, elle ouvre difficilement les yeux pour me découvrir à quelques mètres d'elle.
_ Merde ! Pensais-je en prenant conscience de la facilité avec laquelle je l'avais balayé.
Péniblement l'Amazone se releva, son bras gauche soutenant son ventre. Elle semblait vraiment souffrir de mon attaque. Je reconnais que je ne lui avais pas fait de cadeau, mais je pensais réellement qu'elle serait parvenu à me neutraliser… qu'est-ce qui clochait ?
_ Tu peux abandonner à tout moment Amaïs.
_ Aban… abandonner, répondit-t-elle en me fixant dans les yeux.
Du revers de la main, elle essuya un mince filet de bave. Le fait qu'elle tenait encore sur ses jambes montrait le degré de son obstination.
_ Pour me faire abandonner, il vous faudra… frapper plus fort.
Elle ne manquait pas de courage la petite. Ce coup lui avait fait mordre la poussière et malgré ça, elle en voulait plus.
_ Comme tu voudras.
Ses yeux s'écarquillèrent. Elle avait de quoi être stupéfaite. Il y a une seconde, j'étais là et brusquement plus personne. Lorsqu'elle me vit de nouveau, nous étions l'un et l'autre face à face. Avant même qu'elle ne réalise ce qui se passait, je la frappais une seconde fois au ventre avec la paume de mes mains. Elle exécuta de nouveau un second vol plané pour finalement se scratcher avec une violence inouïe sur le sol ferme de la clairière. Cette fois-ci, la déception peinait profondément mon cœur.
Il n'y avait donc rien à faire. Tout cela ne représentait que le fruit d'un pur coup de chance. Je devrais m'en réjouir. Cela prouvait bien que je pouvais rentrer en toute quiétude au Japon, mais dans ce cas là… pourquoi ce sentiment d'angoisse m'envahissait-il toujours ?
Au loin Shaunana souriait. Je secouais lentement la tête en signe de négation, lui faisant ainsi comprendre que ce n'était pas fini. Ca ne pouvait pas se finir comme ça. Je n'étais pas plus avancé. M'approchant de ma petite Amaïs, je la découvris allongé sur le sol. Elle paraissait inconsciente. Mes yeux manquèrent de sortir de leur orbite quand une rafale de vent souleva sa jupe.
_ Béni soient les Dieux.
M'agenouillant près d'elle, mon regard survola lentement ses longues jambes pour se fixer sur ce magnifique symbole représenté par cette culotte en voile imprimé. (Des roses bleus turquoise sur fond blanc transparent) avec un empiècement de dentelle aux cuisses et lanières sur les côtés. Un pur régal pour les yeux scintillant de mille étoiles.
_ Tu as des goûts Divin, ma douce Amaïs.
_ Mmh.
Reprenant peu à peu conscience, elle me découvrit à ses côtés… la main posée sur son pubis que séparait cette splendide étoffe. En train de jouer avec le minuscule nœud papillon de son sous-vêtement. Son regard se posa sur moi, sur ma main et de ma main à moi.
_ Qu…
Son poing s'écrasa avec force contre mon nez. Tombant à la renverse, je la vis se lever précipitamment pour y ajuster sa jupe. On ne l'aurait pas dit, mais elle avait un sacré punch. Une fois de plus, mon corps avait agis indépendamment de ma volonté. L'attirance de ces trésors semblait telle que j'en subissais des absences…
Une minute, elle m'avait frappé !
_ Amaïs…
_ Vous… vous n'avez donc aucun savoir vivre… oser profiter de moi pendant…
_ On recommence, l'interrompis-je.
_ Co… comment ?
_ Ca m'a l'air bien ferme tout ça, affirmais-je en soupesant ses seins juste après avoir exécuter la technique du colibri… déplacement fulgurant.
_ Appo…
Ne perdant rien de ma vélocité, je fis une roulade sur l'herbe, posai un genou à terre, soulevai sa jupe et piqua à deux reprises sa fesse droite de mon index.
_ Et bien charnu de ce côté-là.
_ Arrêtez !
S'accroupissant rapidement, elle exécuta une balayette que j'évitai en effectuant un salto arrière. Mes pieds effleurèrent à peine le sol que je bondis sur elle. La saisissant pas les épaules, je la plaquai sauvagement au sol. Il ne manquait vraiment pas grand-chose pour que nos lèvres soient soudées les unes aux autres.
_ Donne moi une raison valable d'arrêter Amaïs, chuchotais-je en la chevauchant. Ce n'est pas à moi d'abandonner ma chère… qu'en dis-tu ?
_ Abandonner… jamais, fit-elle en se débattant.
_ Les forces te manquent. Peut-être que ce baiser te revigorera.
_ Non !!!
Sa tête se souleva avec une rapidité déconcertante et vint percuter la mienne dans un Bong assourdissant. La vache ! Ca c'était un coup de boule de Titan. Un mince filet de sang coulait sur le front d'Amaïs. Elle s'était ouvert sans s'en rendre compte. Mon crâne n'avait certes pas la dureté d'un diamant, mais il fallait des « burnes » sacrément bien placés pour tester une telle épreuve de force avec moi.
_ Ce n'est pas sérieux Amaïs, dis-je en essuyant le sang de sa blessure de mon pouce.
_ Pardonnez moi Maître Appossaï.
_ Te pardonner pour le coup de boule ? Mais ce n'est rien, voyons.
_ Il ne s'agit pas de ça, mais de ce qui arrive, murmura-t-elle en pivotant la tête sur la droite.
L'expression de son regard paraissait, à la fois, des plus sérieux et des plus intense. Qu'observait-elle ainsi ? Mes yeux fixèrent l'horizon, mais rien n'attira mon attention à part peut-être cet étrange mouvement du sol situé à une vingtaine de mètres de nous. On aurait dit qu'il ondulait, comme ci quelque chose doué de vie se mouvait en dessous.
_ Si je dois vous vaincre, je mettrais toutes les chances de mon côté pour y parvenir.
La terre gronda quelques brèves secondes avant de se mettre à trembler pour finalement exploser tel un geyser. Un puissant et impressionnant jet de boue mélangé à de la roche fendit l'air. Ce geyser n'avait rien de naturel, comment cela était-il possible ? Mon regard croisa ses merveilleux yeux marron clair en forme d'amande. Elle m'adressait un doux sourire tout en donnant l'impression d'être exténuée.
_ Ca va être difficile... de vous battre, mais j'y arriverais.
Un déplacement d'air provenant à l'opposé du geyser me prouva à quel point j'avais sous-estimé ma petite Amaïs. Me faire avoir par une tactique aussi vieille que le monde, quelle déchéance. Diversion et attaque surprise. Une impressionnante main de pierre m'enserra, m'éleva à plusieurs mètres au dessus de cette plaine verdoyante avant de me projeter sèchement avec une force inouïe. L'impact violent créa un mini cratère au fond duquel je gisais. Me relevant péniblement, je ne pus m'empêcher de sourire à l'image qui venait de se former dans mon esprit. J'y voyais Shaunana bouche grande ouverte avec des yeux lui sortant des orbites. A tous les coups, son cerveau assimilait difficilement cette information.
Ah ah ah, elle va certainement nous faire une attaque, la petite princesse. D'un bond, je sortis de mon trou, me dépoussiérai et contemplai mon Amazone qui venait tout juste de se relever.
Tu m'avais caché ton merveilleux don Amaïs.
_ C'est tout ce que je… possède pour me défendre et c'est la première fois que je l'utilise contre quelqu'un.
_ C'est donc un grand honneur que tu me fais là. Au fait, j'ais omis de t'avertir d'une chose si toutefois tu perdais ton défi.
_ Et… qu'est-ce donc ?
_ De commencer à fermer à double tour les tiroirs de tes sous-vêtements, car je ferais de toi ma cible privilégiée.
Je pourrais rapidement en finir avec elle, mais quelque chose me poussait à profiter pleinement de cet instant magique. Mon cœur battait la chamade et mon corps tout entier frissonnait d'excitation. Le don d'Amaïs faisait d'elle une personne spéciale à mes yeux. La simple vision de ce pouvoir me plongeait à une époque éloignée où j'eus l'honneur de disputer de véritables combats… rien à voir avec les petites escarmouches auxquelles j'ais participé depuis mon arrivée dans ce désert.
Pour la première fois, le plan de Oolong m'apparaissait clairement. Elle avait découvert que ma force provenait de deux sources : Les sous-vêtements féminin et le Japon. Le contact avec ce second me paraissait primordial. Loin de ce magnifique pays, je perdais lentement mes forces et mon moral en prenait un sacré coup. Je ne m'en étais jamais aperçu pour la simple et bonne raison que je ne m'en éloignais pour ainsi dire jamais. Mais il ne lui était pas venu à l'esprit que je pourrais tomber sur des Amazones.
_ Montre moi ce dont tu es réellement capable Amaïs.
_ Comme vous voudrez Maître.
_ Je ne le suis pas encore…
_ Mais vous ne tarderez pas à l'être après ça.
S'accroupissant à une trentaine de mètres de moi, Amaïs effleura du bout de ses doigts les brins d'herbes pour les écraser lentement du poids de la paume de ses mains. Un étrange pressentiment m'envahit. L'aura émanant d'Amaïs englobait maintenant toute la clairière.
_ Toute la zone a été transformée en véritable champ de mines, pensais-je en souriant. Tu veux que je vienne à toi douce Amaïs ?
Faisant un pas dans sa direction, je me retrouvais dans l'incapacité d'en faire un second. Une multitude de petites racines s'enroulèrent autour de mon pied droit puis du gauche. Son pouvoir me surprenait de plus en plus… jusqu'où pouvait-elle aller ?
Inconsciemment, mes poings se resserrèrent et mes avant-bras se croisèrent dans une position de défense. J'en compris la raison en relevant sans attendre les yeux. Un poing en terre durci s'abattit sur moi avec force, m'enfonçant de quelques centimètres dans le sol. Celui-ci récidiva une seconde fois, une troisième fois… m'enfonçant d'avantage. Ca faisait longtemps que je n'avais pas connu une telle tension en combattant. Croisant mes doigts de la main gauche à ceux de sa sœur jumelle, je réunis seulement mes index, formant ainsi une sorte de dard et frappa cette immense main artificielle en un point précis, à l'instant même où il réitérait un nouvel assaut. « Explosion moléculaire » : une technique redoutable ayant seulement effet sur la matière organique. Une fine pluie de gravas m'arrosa le corps. Il était temps de passer à l'action. Plongeant mes mains à la rencontre de mes pieds, j'en saisis les racines et les arrachais d'un coup sec.
_ Me voilà ma douce !
Courrant à toutes jambes vers elle, je sentais le vent frais fuser sur ma peau. Un mur de terre se matérialisa devant moi à un mètre de distance. Impossible de l'éviter à cette vitesse. Aucun problème, tel un obus je le fracassais, en passant au travers, en l'atomisant de mon poing. Ma course s'en trouvait ralenti et l'écart entre nous, réduit. Arrivée à trois mètres d'elle, un autre mur prit naissance en jaillissant du sol.
_ Ne surtout pas réitérer une seconde fois la même technique avec Appossaï.
Exécutant un bond prodigieux par-dessus le mur… une force incommensurable me frappa de plein fouet tel une balle de tennis. Voilà que je percutai et traversai de part en part le mur que je venais d'enjamber. La vélocité du coup ainsi que sa puissance me firent mordre la poussière. Telle une marionnette, mon corps ricocha et tourna sur lui-même avant de se stabiliser sur l'herbe de la clairière. Mon sixième sens restait plongé dans son long mutisme… même pas eu le temps de confectionner mon champ de force.
_ On déguste vraiment avec ce genre de coup, murmurais-je en m'agenouillant péniblement.
Boum… une chance pour moi que j'avais la peau dure, mais j'aurais bien voulu en savoir plus sur l'attaque qu'Amaïs avait utilisée.
Boum… quelle question stupide, il me suffisait simplement…
Boum !... de lever les yeux pour découvrir…
Boum !!! Ce qu'elle me réservait...
BOUM !!!
Imagine un instant un mastodonte de pierre haut de trois mètres, te fonçant dessus en faisant vibrer le sol à chacun de ses pas. Y'a de quoi jubiler non ?
Amaïs possèdait réellement un pouvoir digne des meilleurs « Esprit-guerrier » du Japon. Rester ici parmi ses sœurs ne serait que du gâchis pour ce don ne demandant qu'à s'épanouir.
Roulant sur moi-même, j'évitai de justesse un assaut à deux mains du Golem qui n'avait qu'une idée en tête… faire de mon corps un ramassis de chair à saucisse. Effectuant rapidement une roulade entre ses jambes, je me redressai sans attendre pour exécuter un bond d'un mètre. Exerçant la paume de mes mains sur cette surface rugueuse, mes membres scintillèrent alors de mille feux et libèrent une certaine quantité d'énergie dans un fracas assourdissant. Lentement la créature se retourna, me scruta de son regard ténébreux avant de passer de nouveau à l'attaque. Un trou béant dans son torse me permettait de voir à travers elle.
Son impressionnant poing se souleva mais frappa le vide. Grâce à ma technique du Colibri, je me retrouvai sur l'épaule de mon adversaire prêt à lui dévaster le bras avec lequel il m'avait si joliment fait manger la terre. A mon tour, mon coup rencontra le vide avant de m'écrouler dans un nuage de poussière. Le Golem de pierre et cette étrange atmosphère régnant sur la clairière s'était volatilisé aussi vite qu'ils étaient apparu. Lentement, Amaïs se releva en me voyant approcher d'elle. L'espace entre nous se réduisait progressivement jusqu'à une cinquantaine de centimètres. Son visage ruisselait de gouttelettes de sueur tandis que sa respiration soutenait un rythme effréné qu'elle parvenait difficilement à ralentir. Ses yeux, d'ordinaire d'un magnifique marron clair, semblaient voilés. Elle m'observait sans pour autant me voir.
_ Tu as présumé de tes force Amaïs, mais sache que tu peux abandonner la tête haute.
A ces paroles, son regard retrouva de sa luminosité et de sa vigueur.
_ Abandonner, souffla-t-elle si faiblement que c'est à peine si je l'entendis.
Son poing droit termina sa course dans la paume de ma main et son gauche fut paré par mon avant bras droit.
_ Tu es au bord de l'épuisement, ma belle. Il n'y a aucune honte à jeter l'éponge. C'est faire preuve de sagesse, de savoir abandonner quand il en est encore temps.
Les larmes lui montèrent aux yeux pour finalement couler le long de ses joues.
_ Jamais !!!
Le mouvement de recul de sa tête annonçait un coup de boule apocalyptique qui acheva sa course contre le muscle côtoyant mon cou.
_ Prends bien soin de te reposer Amaïs… car l'entraînement commence dès demain soir, lui chuchotais-je au creux de l'oreille.
A bout de souffle, elle laissa tout le poids de son corps s'appuyer contre le mien.
_ Mer… merci Maître, répondit-elle en me donnant un baiser sur les lèvres avant de s'écrouler.
Un baiser qui me surpris et dont je compris rapidement la signification… comme si une partie de mon esprit venait d'ouvrir une porte jusque là close et fermé à double tour. La soutenant sans la moindre difficulté, je la pris dans mes bras… son visage reposant sur mon épaule gauche et l'arrière de ses genoux dans le creux de mon bras droit. Ce fut plus fort que moi, je ne pus m'empêcher de la contempler un instant. Ses paupières s'ouvrirent, son regard scruta le mien tandis qu'un sourire discret lui donna comme un certain charme.
_ Si je m'étais… montré plus sauvage, je vous aurais… sûrement battu, dit-elle en refermant les yeux.
_ Plus sauvage ? Parce que tes attaques ressemblaient peut-être à celle d'un ange, c'est ça ? Si ne jamais abandonner est l'une des lois qui dicte ta conduite, alors je ne doute pas un instant de tes progrès à venir.
Elle acquiesça de la tête et s'endormit du sommeil du juste. Le problème qui me hantait faisait désormais parti du passé. Il avait pour nom « Esprit-guerrier ». Tout comme moi, Amaïs possédait l'un de ces esprits anciens qui nous conféraient certains de leurs dons voir la totalité, si nous faisions appel à eux de temps à autre. Elle était orpheline, mais obligatoirement d'origine Japonaise… ça c'était indéniable.
Abandonnant la clairière, je rejoignis Shaunana qui paraissait m'attendre avec une patience soutenu.
_ C'est… c'est toi qui a fait tout ça, avoue-le !
_ Je pars pour le Japon à la fin de la semaine, ce qui me laisse cinq jours pour préparer ma vengeance. Concernant Amaïs… elle est plus forte que vous toutes réunis et l'est moins que moi.
_ Ce n'est pas possible…
_ Tu as voulu le voir de tes propres yeux Shaunana. Voilà qui est chose faite, dis-je en m'éloignant.
_ C'était quoi ce pouvoir ?
_ Un Esprit-guerrier du Japon. Finalement, j'ais réponse à ma question et je t'en remercie princesse, répondis-je en lui faisant face.
_ Tu nous quittes vraiment alors ?
_ Qu'est-ce donc que ces yeux larmoyant ? Aurais-je blessé ton pauvre cœur de pierre ?
_ Imbécile, fit-elle en me lattant l'épaule gauche de trois rapides coups de poings. Elle ne vaut rien au corps à corps, mais ce pouvoir la rend… si puissante.
_ Oh… j'allais oublié.
_ Quoi donc ?
_ Amaïs part au Japon avec moi…
_ Quoi !
_ Transmet donc ce message à la Reine…
_ Tu plaisantes ! Ma mère ne vous laissera jamais partir… je veux dire Amaïs. Tu parles d'une Amazone qui plus est… une servante !
_ Pour votre bien à toutes, il vaut mieux qu'elle parte avec moi pour apprendre à maîtriser cet Esprit.
_ Tu n'as rien trouvé d'autre pour tirer ton coup avec Amaïs !
Secouant la tête de gauche à droite, je tournais le dos à Shauna et m'éloignais peu à peu.
_ Je ne pense pas que cela créera de problèmes avec ta mère. J'ais plutôt l'impression que mon départ te gêne plus que tu ne veux l'admettre, princesse Shauna.
Sans répliquer quoi que ce soit, elle me suivit du regard jusqu'à ce que je disparaisse derrière l'épais manteau de la végétation.
_ Vous feriez mieux d'abandonner bâtards ! Votre place n'est pas parmi nous.
Mon corps me faisait atrocement souffrir comme si on l'avait roué de coups. Proche de l'évanouissement, je redoublais d'efforts pour ne serait-ce que garder les yeux ouverts. Trois adolescents âgés de quatorze à quinze ans se dressaient devant moi. Agenouillé, je les voyais me regarder de haut avec dédain. C'est alors que je me rendis compte que leur âge correspondait également au mien.
Des pleures discrets se firent entendre juste derrière moi. Ils provenaient d'une adolescente… d'une exclue comme moi, de par notre différence.
Tous deux orphelins, nous étions en plus métissés. Durant toute notre jeunesse, nous avons eu à vivre avec le regard méprisable d'une majorité de personnes nous voyant de la même manière que ces adolescents. Plus que d'autres, nous vivions dans un monde peuplés de requins ne demandant qu'à nous affaiblir pour mieux nous dévorer. Un monde où nous devions constamment subir des épreuves de force… un monde où les faibles n'avaient aucune chance de survivre et où les forts dévoraient eux même les requins.
Quatre adolescents entouraient la jeune fille, se moquaient d'elle… jusqu'à lui cracher dessus. Recroquevillée sur elle-même, je ne voyais rien d'elle à part ces magnifiques cheveux qu'elle avait réunis en une longue natte qui devait certainement cascader le long de son dos. Elle ne cessait de pleurer… La tristesse émanant d'elle parvenait jusqu'à moi. Mon être s'en imprégnait comme une contamination virale.
_ Nos senseï seront de retour dans une bonne heure. Je te laisse quinze minutes pour disparaître définitivement de notre vie.
Minagi, l'élève féminine la plus douée de notre session attrapa sauvagement la natte de l'adolescente et sortit un poignard qu'elle plaça à la base de celle-ci.
_ Arrête Minagi ! Yuki ne vous a jamais rien fait, dis-je en tentant de me relever.
Je ne la pensais pas capable d'une telle méchanceté, mais parfois les enfants savent se montrer plus cruels que les adultes.
_ Mi… Minagi, s'il te plaît, murmura Yuki entre deux sanglots.
_ Vous me faites…
Son mouvement de poignet annonçait le commencement de son acte.
_ Non ! Hurlais-je en oubliant toutes mes souffrances pour foncer droit vers elle.
Mais deux mains m'agrippèrent solidement par le col de mon T-shirt et m'attirèrent, sans ménagement, nez à nez avec Hisashi.
_ Tu as entendu ce que je viens de dire !
Son étreinte se resserra au point de presque m'étrangler. Mon sort n'était que le cadet de mes soucis. Toute mon attention se portait sur la métisse agenouillée. Au ralenti, je vis ses mains partir à la rencontre de sa natte qu'elle désirait, plus que tout, sauver.
_ Gerber !! Cria triomphalement Minagi en brandissant la longue natte coupée.
Yuki s'écroula à genou, le regard vague, les doigts s'enfonçant dans la terre humide et se recroquevillant de rage… en colère contre elle-même de son impuissance. Ses larmes coulaient à flot. Le décor jusqu'à présent flou me paraissait plus net. Nous étions au Japon, aux abords d'une forêt de bambous. Une rivière calme et limpide coulait à une dizaine de mètres de nous.
_ Lâche moi… murmurais-je la tête basse.
_ Oh, mais c'est qu'il mordrait pour un peu. Oublierais-tu à qui tu as affaire Hiraï, dit Sogo sur un ton ironique.
Contrairement aux décors, leurs visages me paraissaient flous. Seuls leurs voix me permettaient de les différencier… des voix vielles de plusieurs années.
_ Il le sait très bien, répondit Saito. Raison pour laquelle il s'écrasera sagement. N'est-ce pas Hir…
Relevant la tête, mon regard croisa celui de Hisashi. Il me dévisageait d'un regard sombre, froid, brûlant d'une haine sans limite. Je n'avais jamais rien fait pour mériter une telle expression.
Nous avions eu l'immense honneur d'avoir été choisi pour subir un entraînement de quatre années qui touchait à sa fin. Un entraînement assez spécial basé sur les arts martiaux, mais d'avantage sur le contrôle de soi. Une maîtrise parfaite faisant de nous le réceptacle de l'un des nombreux Esprit-guerrier qui arpentait la terre sacrée de ce lieu.
Une énergie m'étant totalement inconnu prit naissance en moi. Mes mains se posèrent avec douceur sur les poignets d'Hisashi, celui-ci me tenant toujours par le col.
_ Ses pleurs sont parvenus jusqu'à moi.
La voix sortant de ma bouche m'appartenait bien, mais les mots prononcer par mes lèvres provenaient de quelqu'un d'autre. On m'avait comme relégué au second plan.
_ Quoi ? Répondit-il surpris.
_ Les pleurs de la jeune fille !!! Hurlais-je en lui brisant les poignets dans un craquement sec.
Un horrible hurlement déchira temporairement l'atmosphère avant que mon genou ne se soulève à la vitesse de l'éclair, s'enfonçant profondément dans le ventre de l'adolescent dont les pieds abandonnèrent le contact du sol. Mon poing droit lui fracassa la mâchoire avant même qu'il ne réintègre la terre ferme et l'envoya valdinguer tel un missile contre les bambous cédant sous l'attraction qu'exerçait son corps.
Sogo et Saito n'en croyaient pas leurs yeux. Hisashi… celui qu'ils considéraient comme le meilleur élément de l'équipe, venait de se faire souffler comme un fétu de paille exposé à une forte rafale de vent.
Une énergie inépuisable et une force démentielle parcouraient tout mon être. Sans être aux commandes de mon propre corps, cela ne m'empêchait pas de ressentir cette étrange euphorie qui me plongeait dans un état proche de l'ivresse.
_ Co… comment tu as fait ça !! S'exclama Saito pour qui Hisashi n'était rien d'autre que son meilleur ami. Je vais te faire la peau ! Ajouta-t-il en bandant chacun de ses muscles, prêt à passer à l'attaque.